FABLIAUX DU PAYS FRANCIEN
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LE ROI DES MUETS ET DES SOURDS
de la dictature de la rue

adis fut un royaume où l'on vivait heureux,
Reflet du paradis sur la terre imité.
L'entente était parfaite et chaque jour fêté.
Le prince y écoutait les avis des chanceux
Qui s'étaient rassemblés sous sa noble bannière,
Puis disait juste et bien pour tous les satisfaire.
Dans la paix et la joie on rendait grâce aux cieux.

Le diable en prit ombrage et conçut sa vengeance.
Satan fit du pays la Babel du silence.
D'un geste à la plupart il déroba la voix,
Et d'un mauvais regard, l'ouïe aux autr' ôta.
Cette ruse au bonheur porta le coup ultime.
L'immonde tentateur revendiquait sa dîme;
De son fatal filet, il assura les mailles
Et la démocratie trouva piège à sa taille.

Le monarque épargné, entendait et parlait,
Mais rendue impossible, sa tâche l'accablait.
Les muets à grand peine exprimaient leurs désirs
Et les sourds de leurs cris parvenaient à fléchir
Les décisions royales dans leur seul intérêt.
Bruyants et insensibles, les moins nombreux régnaient.
Vinrent l'envie, la haine, le désordre et la guerre,
Et ce si bel endroit ressembla à l'enfer.
Que reste dans les urnes, la source du bon droit,
Lorsque c'est dans la rue qu'est édictée la loi!
Ce qui est décidé par la majorité,
Doit résister aux cris de quelques excités.

La tyrannie, c'est la démocratie au service d’une minorité.
Aristote



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