FABLIAUX DU PAYS FRANCIEN
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LE TAUREAU ET LA SANGSUE
de l'excès d'impôts


n taureau consciencieux, tranquillement vaquait
Aux durs travaux des champs. Il labourait, semait,
Puis, quand un chaud soleil avait blondi ses blés,
Il serrait sa moisson au fond de son grenier.
Les temps étaient prospères, les cieux étaient cléments,
Aussi notre taureau, pouvait paisiblement
Savourer sans entrave les fruits de son labeur.
Une sangsue maligne, au verbiage trompeur,
S’en vint apitoyer le bon cultivateur :
«Tu as beaucoup de chance à pouvoir travailler
A pouvoir moissonner, à pouvoir amasser.
Quant à moi le malheur m’a saisie dès l’enfance.
Je vis dans un palud une sombre existence .
Laisse moi sur ton dos, reprendre quelque force,
Je ne m’engraisserai que de tes bénéfices »
Le taureau, bon enfant, qui n’y voit pas malice,
Accepte que l’escroc se cramponne à sa gorge.
Et voilà la ventouse qui se met à sucer,
Et se met à grossir, à gonfler, à enfler,
S’enrichissant de tout ce que fait le taureau
Alors que celui-ci maigrissait à vue d’œil,
Et de son opulence devait faire son deuil.
Le temps de prélever quelque nouvel impôt
Taureau avait fondu comme neige en juillet,
Alors que la sangsue enflait tel un abcès.
Arriva ce qui doit forcément arriver :
Le bovidé exsangue, s'effondra pour crever.
Le sort de la sangsue n'offre aucun intérêt,
Mais disons aux curieux, qu'elle claqua après.

L'excès des impôts conduit à la subversion de la justice,
à la détérioration de la morale,
à la destruction de la liberté individuelle.
Montesquieu



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