FABLIAUX DU PAYS FRANCIEN
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Messagerie et Livre d'or

LES DEUX MULETS
de la richesse et de la pauvreté

eux mulets s’en allaient de Vernon vers Louviers,
L’un chargé de gravois, l’autre de pierreries.
« Avec ton chargement » reprochait le premier
« Tu vas nous attirer maintes tracasseries »
Il se pourrait fort bien qu’au détour d’un chemin
Nous soyons assaillis par quelques malandrins.
Mon pauvre chargement ne valant pas tripette,
Je ne crains pas grand-chose. Cependant je m’inquiète
Un peu pour ta santé, mais surtout pour ma vie.
Imagine un instant qu’on me croit ton ami,
Que les brigands supposent que je sache une chose
Que tu voudrais leur taire au sujet de ton or.
Peux-tu envisager que je les indispose ?
Il se pourrait qu’alors ils me fassent du tort.
Malgré ton amitié que j’ai tant appréciée,
Tu ne m’en voudras pas de devoir te lâcher. »
A peine eut-il fini de prononcer ces mots
Qu’au détour du chemin surgissent des bandits.

« Halte là les baudets ; c’est la bourse ou la vie »
« Je vous offre ma bourse, et je vous fais cadeau
De tous ces kilos d’or qu’on me force à porter. »
« On te l’avait promis, tu auras la vie sauve.
Mais cet autre mulet, en sais-tu quelque chose ? »
« Les hasards du chemin me l’ont fait rencontrer,
Mais je peux vous jurer que c’est un étranger. »
Puisqu’il n’est pas ton frère, il lui faut racheter
De ces propres deniers, sa piètre destinée. »
« Alors triste griset, qu’as-tu à nous donner »
« Mes seigneurs je suis pauvre, et ne peux vous offrir
Que ces quelques cailloux. » « Le drôle nous fait rire ;
Il se moque de nous. Il veut nous irriter !
Puisque tu ne peux pas nous donner des doublons
Nous te prendrons la vie. » A grands coups de bâtons
Ils crèvent le baudet, récupèrent sa peau,
La dégraisse et la tanne pour en faire un manteau.

Il vaut mieux être riche et bien portant, que pauvre et souffreteux
Gégé le roukmout



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