FABLIAUX DU PAYS FRANCIEN
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LE LOUP ET LE RENARD
de la tromperie entre amis

sengrin et Goupil que l'on sait forts compères,
S'en allaient par les champs recherchant bonne chère.
Le temps était au beau; le soleil était haut.
Ils eurent bientôt soif et cherchèrent de l'eau
"N'est-ce donc pas un puit qu'on aperçoit là bas
Perdu dans la verdure d'une rangée de thuyas?"
En quelques enjambées, ils trouvèrent la fraîcheur
Qu'apportait une source qui chantait tout au fond
D'un trou que protégeait un muret de moellons
"Pas de seau, pas de corde, c'est bien notre malheur!
Il faut que l'un de nous descende au fonds du puit
Pour aller chercher l'eau". "Tu es le plus habile"
Susurra le renard. Ysengrin descendit
Emplit la gourde et la redonna au goupil.
Soudain dans le lointain, on entendit des cris.
Un troupeau s'approchait. "Excuse moi l'ami
Il me faut te laisser; mais je te fais confiance
Pour trouver le moyen de te tirer d'affaire."
Le goupil déguerpi, les bergers arrivèrent
Attrapèrent Ysengrin, sans nulle bienveillance
Lui tannèrent la peau à grands coups de bâtons
Profitant d'un répit, Ysengrin s'esquiva.
A quelques temps de là, quand vinrent les frimas
Goupil croisa le loup. "Rebonjour vieux fripon
Où t'en vas tu sitôt?" "Je m'en vais à la pèche"
"Mais l'étang est gelé!" "Saisis toi d'une pelle
Et accompagne moi." Revoilà nos larrons
Copains comme cochons ... au moins en apparence.
"Creuse un trou dans la glace et plonges-y ta queue."
Expliqua Ysengrin. "Les poissons sans défiance
S'en viendront la saisir n'y voyant que du feu."
Au milieu de l'étang, Goupil restait assis
Tout au bord de son trou, sa queue trempant dans l'eau.
La journée s'avançait. Soudain Goupil sentit
Sa queue s'alourdissant, quelque chose, un fardeau.
"J'en tiens un, j'en tiens!" "Surtout ne bouge pas!"
"En voila encore un!" Goupil ne bougeait pas
Si bien qu'au bout d'une heure, la glace était formée
Emprisonnant la queue du trompeur attrapé.
"Mais je suis prisonnier" "Eh oui, chacun son tour.
Hier tu me bernas, aujourd'hui est mon jour
J'appelle les pécheurs, ils sauront te traiter
Ainsi que le mérite un jocrisse en ton genre"
"Mais je suis ton ami, pourquoi cette vengeance?"
"En tant que ton ami, je te fais partager
Le bonheur que j'ai pris à me faire cocufier."

Berne ennemi, il te célèbrera;
Berne un ami, et il se vengera.
Michel de Montaigne


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