FABLIAUX DU PAYS FRANCIEN
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LES DEUX FURETS
de la corruption des élites

eux furets cheminaient, l’un, recouvert de soie,
Alors que le second était fort loqueteux.
Glorieux de ses fonctions, le premier des putois
Marchait le verbe haut, le maintien orgueilleux.
Le second subjugué par ces multiples dons,
S’échinait à répondre au moindre de ses vœux.
La route était mauvaise, et le sol caillouteux
Blessait à chaque pas, les pieds des deux larrons.
« N’est ce point un bottier que j’aperçois là bas ?
Va donc te renseigner du prix de ses services. »
Le chenapan clopine vers la sombre bâtisse
Où le maître - chausseur octroie les passe-droits.
« C’est un elfe qui ferre et défére les charges
Pour peu que tu partages le prix des quelques barges
Que tu as pour mission de vendre incognito
Des souliers en croco tu auras pour cadeau. »

L’écornifleur n’hésite pas un seul instant.
Le voilà reparti, chaussé comme un sultan.
Au détour du chemin, des pandores zélés
Interpellent les gueux. La brouille s’envenime,
On fait parler la poudre, on décline l’escrime.
Le gueusard sabouleux, sur le champ arrêté
Est aussitôt jugé, condamné, pendouillé.
« As-tu zieuté les bottes de l’autre chevalier »
Dit l'un des argoulets au second brigadier.
« Fichtre, ce sont des pompes que l’on doit léchouiller
Si l’on veut éviter de se faire botter »
Aussitôt à plat ventre, voici la Loi qui rampe

Dégoulinant devant le maître du conseil.
Ce dernier les soudoie, les égruge et décampe
Raflant sous les vivats, la récolte et l’oseille.

Pour puiser dans la caisse, et l'état rançonner
Soyez chaussé de bottes que l’on puisse lécher,
Dédé la boulange


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