FABLIAUX DU PAYS FRANCIEN
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L'ECUREUIL ET LE PELICAN
de l'épargne et des retraites

essire l’écureuil que l’on sait épargnant
Allait par la forêt quérir noix et noisettes,
Quelques belles chataignes, des marrons et des glands
Amassant sans répit en vue de sa retraite.
N’était il pas normal qu’il veuille se poser
Ayant mis à l’abri ses quelqu’économies.
Mais où cacher ses biens, où les mettre à l’abri
Afin que nul envieux ne vienne les voler ?
Le trou de ce vieux chêne ne lui semblait pas sûr.
Tout comme il se méfiait de la brèche du mur.
Allant de ci de la, refuge recherchant,
Il trouva sur sa route, Compère Pélican,
L’ami des gabelous, l’allié des sacripants
Qui content aux naïfs : « Cédez nous un écu
Dix vous seront rendus, dans quinze à vingt années.»
« Où vas tu, mon ami, de quoi t’inquiètes-tu ?»
« Je cherche pour mon or, une bonne feuillée
Un lieu où je pourrai quand froid sera venu
Aller croquer les fruits que j’y aurai placé. »
« Ne te mets plus en peine », répondit le filou
« Tout au fond de la poche qui orne mon grand bec
Tes butins seront loin du regard des jaloux.
Et quand viendra l’hiver, je te rendrai tes sous.»
Ecureuil lui remit les fruits de sa collecte.
Confiant qu’il en aurait le centuple en retour.
Bien mal lui en a pris. L’oiseau avala tout.
Et rien ne fut rendu. Découvrant le bon tour
L’empanaché furieux éclata de courroux.
« Pourquoi tant de colère, alors que l’allégresse
Devrait de ton visage détendre les beaux traits.
Grâce à toi j’ai sauvé du fond de la détresse
Des cafards et des chancres, quelques belles punaises
Animaux parasites qui trainassent la nuit
Et vivent en jouissant du travail d’autrui.
Grâce à moi, tu as pu nourrir des fainéants
Qui sont pauvres et chétifs, quand tu as tant d’argent.»
L’emplumé s’envola, laissant là l'écureuil,
Qui, de ses espérances, devait faire son deuil.

N’économisez plus en vue de la retraite.
L’état qui promet tout, et ne rend jamais rien
Saura bien édicter une loi malhonnête,
Pour voler l’épicier et donner aux vauriens

Qui travaille bien, mange la paille;
Qui ne fait rien, mange le fouin.
(Bède le vénérable)



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