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LE RENARD ET LA CIGOGNE
de la groucho-fraternité

n écoutant prêcher le Grand Babouin laineux
Sur la fraternité, commère la Cigogne
Et messire Goupil, émus jusqu'à la trogne,
Décidaient d’oublier leur passé orageux.
« Nous devons nous aimer » glapissait le renard ;
« Nous devons nous aimer » craquetait l’échassier.
Pour fêter comme il sied, semblable moratoire,
Les deux nouveaux amis choisirent d’inviter
Toute leur parenté à venir festoyer.
Chacun apporterait tout ce qu’il possédait
Puis l’on répartirait entre les commensaux
Richesse et pénurie, débine et capitaux.
L’idée de pactiser avec le machiavel
De la gent animale, sur le champ séduisit
Signore Rossignol et Dona Hirondelle ;
Et chacun de donner ses biens les plus chéris.
La table du banquet croulait sous la pitance
Que le peuple des airs avait accommodée.
L’heure sonne, et voici le goupil qui s’avance.
« Qu’avez vous apporté » s’enquièrent les plumés
« Pour faire bonne chère à mes nouveaux amis »
Déclara le roué, « je suis venu flanqué
De quelques uns des miens cousins que vous aimez :
Hermine et Ysengrin et ce bon Mistigri. »
« Certes, mais dans vos chausses, trouve-t-on quelque rot,
Quelques uns de ces plats dont vous êtes glouton ? »
« Venir avec des mets bouillis par mes cuistots
Eut été insulter votre art et vos façons.
Nous ne sommes venus qu’avec notre appétit
Notre faim, notre soif et toutes nos envies »
L’espace d’un instant tout était dévoré.
Un moineau se plaignit, et fut sitôt croqué ;
Quelques autres suivirent et furent accommodés
Sur le grill, à la broche, en cocotte, en pâté.
La cigogne objecta : « C’est là un camouflet
Pour la fraternité, qui entre nous devait
Dorénavant régner. » « Pourquoi tant de colère »
S’étonna le roublard « Ne sommes nous pas frères ?»
« Comment oser encore invoquer la fratrie
Après avoir montré semblable félonie »
S’indigna l’échassier « Mais parmi tous les frères
Il y a les grands frères, il y a les beaux-frères
Il y a ceux de sang, de lait, les demi-frères
Il y a les confrères, et surtout les faux-frères

Goupil change de poil, mais point de naturel
François Rabelais



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