LES NOUVELLES FABLES DU PAYS FRANCIEN
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LES CASTORS ET LES PIVERTS
des fonctiocrates

    

u bord de la rivière, on avait pour façon
Pour choisir le meilleur, de manier l'aviron.
Sur le fil du départ, deux canots se tenaient.
Barques étaient semblables, mais rameurs ne l'étaient.
Dans l'une, des castors, que l'on sait besogneux ;
Dans l'autre embarcation se tenaient des piverts
Qui font beaucoup de bruit, mais résonnent fort creux.
La course fut lancée. Les castors l'emportèrent

De quatre à cinq longueurs. Les piverts réfléchirent,
Et pour laver l'affront, décidèrent d'affermir
Leur organisation. Au lieu de huit barreurs
Il y eut désormais un directeur - barreur
Deux barreurs vacataires et quatre sous barreurs.
L'unique et seul rameur fut inscrit à un stage
Sur la métamorphose des peurs du surmenage.
Les piverts étant prêts, départ fut redonné.
Et les castors gagnèrent. Les piverts ulcérés
Obtinrent du Ministre, l'appui de conseillers.
Les réformes tombèrent. Le rameur fut soumis
A une formation de patathérapie.
Les barreurs vacataires furent promus barreurs.
Les quatre sous - barreurs se mirent alors en grève,
Et furent sitôt nommés inspecteurs - godilleurs
(Le Ministre au passage accrut ses privilèges.)
Les règles furent changées. Pendant dix kilomètres,
Castors devraient ramer, alors que leurs rivaux
Devraient se contenter d'un petit kilomètre.
On relança la course qui revit à nouveau,
Vous l'avez deviné, les castors triompher.
Le rameur des piverts fut aussitôt viré.
Les barreurs et leur chef, et tous les conseillers
Reçurent une prime venant récompenser
La traçabilité de l'authenticité
Du protocole de progrès les engageant
A conformer tous leurs talents de ronds de flancs.
Pour chance équilibrer, un juge fut nommé,
Au canot des castors, il choisit d'accrocher
La barque des piverts. Le départ fut donné.
Castors en grand vainqueurs franchirent l'arrivée,
Mais entre les deux barques, l'écart était réduit
A la longueur du bout reliant les canoës.
Dans le camp des piverts, l'espérance fleurit.
La confiance revint, puisqu'ils leur vint l'idée,
D'inverser les bateaux. Au lieu de les tirer,
Castors devraient pousser !. Assurés de gagner
Les piverts invitèrent la presse et la télé
Puis ils chargèrent leur barque de tous les assistés
Fonctionnaires, chômeurs, qu'ils purent bien trouver.
Le grand jour arriva, pour un nouveau départ
Les piverts s'étreignaient, émus jusques aux larmes
Le triomphe était là; la victoire serait belle !
Les clameurs s'envolèrent à l'instant solennel
Où le coup de canon délivrant son tonnerre
Lança les équipages dans leur course guerrière
La barque des piverts, pleine jusqu'à ras bord
Ne fit que quelques mètres avant de s'enfoncer
Entraînant avec elle, la barque des castors
A laquelle elle était fermement attachée.
Piverts et leurs alliés se retrouvèrent noyés.
Les castors s'en tirèrent avec un bain forcé.

A trop charger la barque, elle finit par couler
Jean Baptiste Botul



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