LES NOUVELLES FABLES DU PAYS FRANCIEN
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LE BOULEDOGUE ET LE BRIARD

du liberalisme

u fond d'une vallée, dans une prairie grasse
Paissait un beau troupeau, de cent blanches brebis;
Deux chiens montaient la garde, un gros et un petit,
Pour que pas un mouton, la clôture ne passe.
Le premier des cerbères était un bouledogue
Le second un briard, bien plus sage que rogue.
On nommait ces compères Mandibule et Sagace.
Chacun pour son métier avait ses théories;
Aussi pour mettre fin aux éternels débats
Qui troublaient leur repos après l'heure du repas,
Ces deux-là se lancèrent un étonnant défi.
"Il nous faut un concours en sciences pastorales!
Séparons le troupeau en deux parties égales,
Exerçons notre tâche, chacun à sa façon
Et nous verrons alors qui donc avait raison.
Par la laine obtenue, nous saurons le vainqueur
Qu'il faudra proclamer le prince des pasteurs!
Chacun prit son cheptel en un recoin du val
Et médita un plan pour battre son rival.
Aux jarrets des brebis, le dogue usa ses crocs
Pour toujours les garder au sein de leur enclos;
Il courait tout le jour, pour gagner le duel.
L'autre sur ses dîners épargna du bon sel
Qu'il promit aux moutons à l'aune de leur laine,
Et laissa ces derniers sans entrave et sans chaîne.
Au terme du pari, on réunit les bêtes
Pour tondre les toisons et recompter les têtes.
Sagace l'emportait avec son gras bétail
A la robe fournie et à la fière taille.
Son féroce adversaire, défait et épuisé
Menait sa piètre harde, tremblante et efflanquée.
Il y manquait au nombre deux biquettes enfuies
Qu'on trouva réfugiées chez son fidèle ami.

C'est par la liberté qu'on obtient le meilleur.
Alexis de Tocqueville



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